L’humour en entretien

Pourquoi ce sujet ?

Faire de l’humour en entretien, quelle drôle d’idée ! Cela ne vous vient sans doute pas à l’esprit, spontanément. Vous trouvez même l’idée saugrenue. Pourtant, il se trouve que cela peut être un formidable outil. Il est en fait précieux.

Le stade ultime de l’échange. Difficile de faire preuve d’humour dans un moment pareil, avec un tel enjeu ! Eh bien, justement, si vous êtes capable de faire de l’humour en entretien, c’est que vous dépassez cette « difficulté », que peu de candidats parviennent à dépasser. Beaucoup n’osent pas; la majorité ne trouve juste pas les moyens de faire de l’humour dans une situation pareille. Un candidat qui parvient à user d’humour a donc quelque chose de valeureux. Il a une forme de sérénité. C’est bien le stade ultime de l’échange, où l’on peut se permettre l’humour; on est très loin de l’interrogatoire.

L’agilité. Vous savez que vous devez être agile dans l’entretien pour placer les points-clés majeurs de votre CV. Il faudra parfois faire des pirouettes pour vous connecter à ces points-clés. L’humour fait partie de ces pirouettes. Vous devrez parfois faire face à des situations difficiles en entretien, des questions tordues, des moments de faiblesse… bref, l’humour est une échappatoire intelligente.

De l’esprit. Il faut de l’esprit pour faire de humour. In situ, qui plus est. L’humour demande une souplesse d’esprit, un bon maniement du verbe. Autant d’éléments qui renforcent le critère d’analyse. Un bon mot d’esprit peut valoir tous les sujets d’actualité du monde !

La personne. L’humour vous fait sortir de votre condition de candidat. Vous devenez une personne. Or, n’oubliez pas que le jury veut vous faire sortir de cette condition de candidat et veut accéder à votre personne. L’humour a par ailleurs plutôt tendance à vous rendre sympathique. N’oubliez jamais qu’un jury évalue tout autant la personne que le dossier et qu’il recherche tout autant des candidats « sympas » que de bons candidats. Si vous péchez par trop de sérieux, pensez à introduire un zeste d’humour dans l’entretien, le jury sera tout de suite rassuré.

Une force. L’humour est une force, « une déclaration de la supériorité de l’homme face à ce qui lui arrive » disait Romain Gary.

Il y a dans l’humour une affirmation de soi, une marque de confiance en soi qui plaît au jury.

Comment ?

Dans quels cas ?

Une provocation du jury 

Le jury peut vous inviter à l’humour :

S’il vous voit très sérieux, trop sérieux.

S’il suspecte une absence de second degré; vous semblez prendre les choses au pied de la lettre.

S’il veut tout simplement vous mettre dans une situation imprévisible, vous voir en situation « normale », celle d’une conversation entre deux personnes au quotidien.

Alors, vous n’aurez pas le choix. Le jury vous demande d’aller sur ce terrain. Il va falloir y aller, plus ou moins franchement. Ce qui compte avant tout dans ces sollicitations du jury, c’est votre discernement, votre intelligence. Le jury n’attend pas forcément de l’humour en retour, et encore moins de se fendre la poire, mais de percevoir que vous avez discerné que l’humour est possible, même si vous n’en faites pas dans la situation présente.

Vous devez accepter l’humour.

Le jury peut provoquer l’humour de deux façons :

  • Directe : « Avez-vous une blague ? », « Faites-nous rire ! »

Ici, il y a un piège. L’invitation est tellement frontale que vous risquez de tomber dans la pitrerie. Et surtout, si vous y allez sans retenue, vous vous montrez à la merci du jury : il vous demande de faire, vous faites. Ce n’est pas très bon.

Quand vous recevez une invitation aussi directe, faites justement preuve de discernement. Montrez que vous avez compris la volonté du jury, que vous acceptez de mettre de l’humour dans l’entretien mais un humour intelligent (adapté aux conditions de l’entretien).

« Rire je ne sais pas; mais sourire, oui, je peux en évoquant une expérience très récente… (placement d’un point-clé) ».

Vous pourriez aussi faire une blague, directement, pour peu qu’elle soit subtile, bref, de l’humour british.

  • Indirecte, en faisant lui-même de l’humour : « Ah voici un auvergnat ! Vous nous payez un coup ? »

Répondez avec humour avec pour but de clore le sujet et de revenir à l’entretien. Soyez sobre.

« Sûrement pas ! L’auvergnat est radin et travailleur et là, je suis au travail ! »

ou

« Sûrement pas ! L’auvergnat est radin et je tiens beaucoup aux traditions. »

Retenez que quand l’humour part du jury, vous devez toujours répondre avec une forme de sobriété, de sérénité et ne pas vous jeter dans des histoires hilarantes.

Vous faites un trait d’esprit

ou vous faites sourire

ou vous montrez simplement que vous avez bien reçu le trait d’humour du jury;

Et vous passez à autre chose

En gros vous signifiez : « Ok, j’ai compris votre petit jeu, moi aussi je sais user d’humour; on passe à autre chose ? »

Situation « désespérée »

L’humour peut être une façon de se sortir de l’ornière dans laquelle on s’est mis, d’une situation délicate. Le jury aura vu que vous étiez dans une situation difficile, que vous n’aviez pas la réponse, que vous vous embourbiez, donc il verra cette sortie par l’humour comme maligne, comme une capacité de rebond appréciable. En gros une marque d’intelligence.

Cela fait 5 minutes que vous galérez sur une mise en situation, vous n’y arrivez pas. Du coup vous passez à l’humour, en vous appuyant sur un point-clé de votre CV, on ne sait jamais, c’est une perche tendue au jury :

« En voile, on dirait que sur une mer démontée et un vent de force 8, j’ai dessalé. »

Situation spontanée (prévue)

Vous savez que vous êtes quelqu’un de très sérieux, qui peut apparaître comme :

  • pas fun
  • coincé

alors, prévoyez le coup. Plutôt que de laisser insatisfait le jury ou d’attendre une provocation à l’humour, prévoyez un élément que vous prendrez soin de placer histoire de désamorcer la question de votre trop plein de sérieux et votre manque de fun.

Cet élément peut-être :

  • Un point-clé entier de votre CV qui prête à rire ou à sourire;
  • Un élément à l’intérieur d’un de vos points-clés;
  • Une situation comique que vous avez vécue récemment;
  • Une situation comique que vous avez trouvée dans la presse ou dans vos lectures.

Quel humour ?

L’humour qui passe le mieux en entretien est un humour plein d’esprit : un bon mot, une petite phrase intelligente. Voilà ce que recherche le jury. Si bien qu’il est plus exact de parler d’esprit que d’humour. Dès lors, les registres les plus adaptés sont, par ordre décroissant d’importance :

  • Le trait d’esprit. Le mot d’esprit, ou trait d’esprit, est une réplique fine et subtile.

Un candidat qui parlait d’apiculture a finit par dire spontanément, « C’est un métier plein de piquant », avec le sourire.

Par ce procédé, le candidat a fait de l’esprit en montrant à la fois l’intérêt du métier et le risque de se faire piquer. Le mot est pris à la fois au sens propre et au sens figuré. Vous avez là, dans le propre et le figuré, une source considérable de traits d’esprit. Les jeux de mot en général sont de très bons supports.

  • La répartie est une réponse vive et pleine d’à-propos.

« Vous n’êtes pas un peu vieux quand même pour postuler ? » (Jury)

« C’est un compliment quand vous le dites à un Bordelais comme moi (sous-entendu, le vin s’améliore en vieillissant ). »

Ne vous étendez pas, ne soyez pas fier de votre répartie. Une répartie doit être sobre et nette.

  • L’ironie s’utilise essentiellement dans des situations où vous souhaitez véhiculer une attitude critique à l’égard d’une situation, d’un objet ou d’une personne. Elle a un avantage qui peut justifier son utilisation en entretien : elle peut être ambigüe. Ainsi, elle vous permet de signifier quelque chose sans le dire directement, laissant à vos interlocuteurs la responsabilité de l’interprétation.

« Cela ne vous dérange pas de quitter Paris ? »

« Si beaucoup. Je regrette déjà les 12,82 mètres carrés de ma chambre, les 128 marches étroites pour y accéder mais surtout l’odeur des toilettes sur le palier. »

  • La boutade. Une boutade est un jeu de mots, une saillie vive, imprévue et originale, faisant souvent appel au paradoxe. La boutade, par son caractère définitif, a le mérite de couper court à la situation et permet de passer à autre chose.

« Y a-t-il une vie après la mort ? Seulement Jésus pourrait répondre à cette question. Malheureusement il est mort. » (Coluche)

  • L’humour noir consiste notamment à évoquer avec détachement, voire avec amusement, les choses les plus horribles ou les plus contraires à la morale. Il établit un contraste entre le caractère bouleversant ou tragique de ce dont on parle et la façon dont on en parle. Ce contraste interpelle le lecteur ou l’auditeur et a vocation de susciter une interrogation. Attention, à utiliser avec grande précaution, vous risquez de passer pour un monstre, d’être incompris; il faut assumer et peut-être faudra-t-il préciser au jury qu’il s’agit d’humour noir. A réserver aux pratiquants !

« Les familles, l’été venu, se dirigent vers la mer en y emmenant leurs enfants dans l’espoir, souvent déçu, de noyer les plus laids. » (Alphonse Allais, après un voyage à bord d’un train bondé d’enfants)

A savoir !

L’humour a des limites. Vous pouvez user de l’humour une, deux ou trois fois dans l’entretien, mais guère plus. Vous risquez sinon de tomber dans la pitrerie et de faire comprendre au jury que vous n’êtes pas sérieux. L’humour s’exerce par pointe, est un superbe outil de répartie, pourvu qu’il soit exercé avec mesure, c’est-à-dire à faible fréquence.

L’humour ne donne pas forcément lieu à la réaction attendue du jury. L’humour de l’un n’est pas forcément l’humour des autres. Et puis le jury tient peut-être à garder une image très sérieuse et ne souhaite pas entrer dans votre jeu, aussi fugace soit-il.

Vous devez vous attendre, quand vous faites une pointe d’humour, à ne pas être forcément suivi. Que cela ne vous perturbe pas.

L’humour est un vecteur de répartie, d’échappatoire. C’est une façon de se tirer d’embarras, sans se tirer d’affaire pour autant.

Il faut rebondir sur un autre terrain que vous maîtrisez et ne surtout pas s’arrêter au bon mot.

L’absence totale d’humour, entendue comme un manque total d’empathie vous sera forcément préjudiciable. Mais une incapacité à FAIRE de l’humour, à avoir de la répartie, vous sera rarement préjudiciable dans l’entretien. Donc soyez rassuré. En revanche, être capable d’une répartie bien placée, de traits d’esprit, peut faire gagner beaucoup de points. C’est une qualité qui, bien exercée, est rare.

3 commentaires sur “L’humour en entretien

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