Pourquoi il ne faut pas craindre les questions originales

Je revois encore Marie-Noëlle Koebel, directrice des études de l’ESSEC à l’époque, demander à des préparationnaires d’associer des mots à la notion d’entretien. La première réponse qui lui a été donnée était : « les questions-pièges ». C’est l’un de vos plus gros fantasmes sur l’entretien. Tant mieux, si l’entretien vous fait fantasmer, j’en suis ravi ! Si seulement ce fantasme était associé à une prise de plaisir…! Mais ce n’est pas le cas. Ces questions ont tendance a vous crisper le jour J et à vous stresser des semaines en amont. Inutilement.

Explications très concrètes à vocation de remède 🙂

  1. Elles peuvent être anticipées.

Les questions déstabilisantes, originales, tordues ne le sont en fait pas tant que cela. Elles sortent rarement de nulle part. Elles sont le plus souvent générées par :

  • Un point que vous avez abordé. Les questions originales ont pour terreau votre discours dans 80 % des cas. La preuve par l’exemple :
  • Le projet professionnel :

« Qui était Pierre Bourdieu ? », question posée à un candidat au Master Finance et Stratégie de Sciences Po Paris juste avant de quitter l’entretien. C’est un bon moyen de vérifier si le candidat s’intéresse au monde qui l’entoure (critique souvent faite aux financiers). Cette question l’a surpris, pourtant elle n’aurait pas dû, surtout pour une candidature à Sciences Po.

« Qu’elle est votre éthique ? » et « De quand dates les lois bioéthiques en France », questions posées à un candidat à l’ESSEC Grande école ayant un projet entrepreneurial et l’envie de travailler sur les problématiques de l’augmentation de l’homme et du transhumanisme. Comment ce candidat pouvait-il passer à côté de ces enjeux ? Le sujet de l’éthique était évident; il aurait dû y penser.

  • Un sujet que vous développez :

« Quel est votre côté doux ? », question posée à un candidat qui parle de sa pratique du rugby ?

« Les arts ont-ils encore un rôle politique à jouer ? », question posée à un candidat qui parle de son intérêt pour l’art.

« Que pensez-vous de la façon dont on traite le génocide arménien ? », question d’actualité posée à un candidat ayant évoqué le génocide khmer au Cambodge.

  • Un élément présent dans votre dossier :

« Qu’est-ce donc que cet Aboukir qui constitue le nom de votre rue ? », question posée à la vue de l’adresse du candidat sur son CV. La question a de quoi déstabiliser, mais encore une fois, elle était préparable.

  • Un élément de personnalité perçu par le jury

Vous savez que vous pouvez apparaître très terne ou apathique —> vous pouvez-vous anticiper des questions qui font référence à ce trait de caractère : « Qu’avez-vous fait de plus fou ? », « Qu’est-ce qui vous enthousiasme ? », « Faites-nous rire ! ».

Action :

– posez-vous, partez des traits principaux de votre candidature (personnalité et projet) et prenez du recul dessus pour anticiper des questions probables ou un registre de questions probables.

– dressez autant que possible une toile d’araignée autour de vos point-clés pour vous assurer que vous les maîtrisez au delà des discours préparés.

  1. Elles ne sont originales que sur la forme.

Eh oui ! L’originalité de ces questions n’est qu’un leurre ! Elles ont toujours pour but de vous faire parler de vous. La clef, pour répondre à ces questions, est de ne pas se laisser perturber par la forme originale et de rechercher le fond que vous pouvez associer à cette question et donc de faire appel à vos points-clés. Certes, cela ne se fait pas sans une certaine agilité ! Mais c’est essentiel de comprendre ce mécanisme.

Exemples :

  • « Quel est votre côté sombre ? » —> vous pouvez le relier à votre pratique de la plongée sous-marine.
  • Qu’est-ce qui vous fait peur ? » —> vous pouvez le relier à votre intérêt pour la littérature.
  • Surprenez-nous ! » —> vous pouvez le relier à tout élément qui va étonner le jury dans l’absolu ou étant donné ce que vous avez donné jusqu’à présent, comme la pratique du piano à un niveau semi-professionnel alors que vous 
  • « Les arts ont-ils encore un rôle politique à jouer ? » —> vous pouvez le relier sans doute à l’analyse d’un artiste ou d’un tableau que vous avez préparé dans votre bloc de 3 minutes dédié à l’art

L’agilité est ici essentielle à deux titres :

  • Pour relier pertinemment l’un de vos points-clés ou un morceau de vos points-clés à la question originale;
  • Pour le faire avec la plus grande souplesse, le plus grand naturel possible. Le jury doit sentir que vous jouez le jeu de la question, pas que vous placez à tout prix ce que vous avez préparé.

Voir les articles « Agilité » et « Etre naturel ».

3. Elles sont, somme toute, assez inoffensives.

Comme souvent, le loup n’est pas là où vous pensez. Ces questions a priori impressionnantes ont un pouvoir de nuisance à relativiser :

  • D’abord le jury est plus indulgent sur ces questions. Le jury a conscience de la difficulté à laquelle il vous confronte. Ces questions vous font en général plus gagner des points que réellement en perdre. Sauf dans le top des écoles où l’on attend des esprits brillants, capables d’une bonne répartie.
  • Ensuite, elles sont somme toute assez rares. Ces questions représentent une petite partie de l’entretien quand elles adviennent. Si l’on devait faire une synthèse la plus globale possible, 75 % des entretiens ne comprennent pas de question originale ou vue comme tordue par vous.

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