« Jouez-vous un rôle ? »

Vous avez deux façons de vous en sortir sur cette question. Les deux sont combinables.

La primaire. C’est effectivement la plus évidente « Non, bien sûr que je ne joue pas un rôle ! ». Le tout va être de ne pas transpirer de confusion dans la réponse à cette question. Et vous auriez raison de laisser filer des gouttes de sueur car on sait tous que l’on joue un rôle dans cette situation. On ne peut pas dire que vous soyez dans votre espace naturel devant deux ou trois inconnus qui vous interrogent jusque dans votre intimité. Et donc vous risquez de rougir, comme vous rougiriez devant le gendarme qui vous demande vos papiers. Ce serait bien normal mais pas du plus bel effet. Soyez donc ferme : « Non, je ne joue pas un rôle ». Et si vous avez besoin d’aller plus loin, vous pouvez ajouter : « Je ne vois pas l’intérêt de jouer un rôle car l’intérêt est justement que je trouve la formation qui m’intéresse autant que vous trouviez le candidat que vous recherchez. J’ai tout intérêt à me présenter tel que je suis, sinon cela faussera votre jugement et je ne serai pas admis sur la bonne base, celle qui fait qu’un candidat est adapté à la formation. » C’est très politiquement correct, mais avec de la conviction, ça passe comme un « Dans les yeux, je la conteste » de Mitterrand un soir de débat présidentiel en 88.

L’intellectuelle. Cette version consiste à ne pas aller à l’évidence. A ne pas se sentir heurté par cette notion de « rôle », que vous percevez souvent comme une attaque. Faites-vous philosophe : « Vous suggérez, par le ton de votre question, que jouer un rôle serait mal. Pourtant je pense, sans doute, que je joue bien un rôle. Comme vous jouez vous même un rôle. Je suis entré dans le costume d’un candidat, comme vous êtes entrés dans le costume du jury. Ce n’est pas habituel pour moi de me trouver dans cette situation. Donc, évidemment, je joue un rôle. »

Si besoin était, vous pouvez toujours vous appuyer sur William Shakespeare : « Le monde entier est une scène, hommes et femmes n’y sont que des acteurs, et notre vie durant, nous jouons plusieurs rôles. » Evidemment, notre vie sociale n’est qu’un empilement de rôles : élève, parent, joueur de tennis, entrepreneur, candidat…

Le principal est de bien dissocier « jouer un rôle » de « faire montre de malhonnêteté intellectuelle ». Ce n’est pas parce que l’on joue un rôle que l’on est malhonnête. « Je joue sans doute un rôle (sur la forme), mais je suis honnête (sur le fond). » Là est sans doute la clef de la réponse, dans cette dissociation. Car le jury associe le fait de jouer un rôle au fait de ne pas être honnête intellectuellement.

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