Et si on n’a pas projet ?

Un sujet souvent proposé dans l’épreuve du triptyque d’HEC est : « Les gens sans projets sont-ils les ennemis de l’humanité ? ». Si vous avez ouvert cet article, c’est que vous êtes sans doute dans cette situation ou pas loin, donc je vais éviter de vous traiter d’ennemis de l’humanité, ça ne va pas franchement vous encourager. Mais cela vous donne assez directement le ton.

Un jury attend toujours des candidats en mode projet. D’abord parce que le jury se prononce sur votre candidature à un moment t pour une période qui va s’étaler de t+1 à t+5. Donc, de fait, quand vous postulez dans un programme, vous faites un pari sur l’avenir. Cela ne sert donc à rien de pester contre cette logique de projet, elle est inscrite au coeur de vote candidature (rendez-vous sur l’article L’importance du projet).

Attention, je vous rappelle qu’un projet n’est pas un projet professionnel strict, déterminé, arrêté, dans la plupart des cas. Projet doit être entendu au sens très large et adapté selon le niveau de votre candidature.

Si vous pensez ne pas avoir de projet, vous êtes dans deux situations possibles.

Le projet enfoui

Vous avez un projet, mais vous ne le savez pas encore. C’est normal, vous ne vous êtes jamais posé la question de votre projet, directement, cash. Et d’un coup on vous dit : « Il faut que tu aies un projet ! ».

Sauf que vous avez accumulé en gros 20 ans de vie, 20 ans d’expériences, 20 ans d’échanges avec les autres, 20 ans d’images, de reportages, 20 ans de sentiments, d’émotions. Bref, vous avez une présence-au-monde unique, qui n’est pas celle de votre voisin et qui vous fait apprécier certaines situations, certaines idées et en rejeter d’autres.

Vous dites ne pas avoir de projet. Mais si je vous demande si vous vous voyez faire tel métier, si vous appréciez tel projet, si vous vous voyez travailler dans tel environnement, vous êtes déjà en mesure de trancher. Vous avez déjà la matière pour le faire. Certes, votre connaissance du monde professionnel est insuffisante mais le monde professionnel n’est pas un monde isolé; il se rapporte au monde que vous connaissez par ailleurs. Je ne vous dis pas qu’il faut être sûr de soi, penser que l’on connaît déjà tout, que l’on peut avoir des idées arrêtées. Mais vous n’êtes pas dépouillés comme vous le dites. Vous avez des éléments pour trancher.

Comment faire ?

  • Observez votre CV au sens large, en gros tous les points-clés que vous avez en main :
    • Parcours académique
    • Expériences professionnelles
    • Activités extra-scolaires

Ajoutez-y vos envies, vos sentiments, vos idées, vos rêves pourquoi pas.

  • Remuez tout cela et essayez de faire émerger des tendances, éliminez des pistes. Bref, mettez des mots sur une réalité qui est bien déjà là. Eh oui, vous pensez ne pas avoir de projet car vous n’y avez jamais réfléchi en ces termes, mais si vous vous posez une heure ou deux sur cette question, vous allez organiser tout ce qui fait votre existence et vos envies depuis 20 ans et vous allez naturellement commencer à mettre des mots dessus.
  • Assurez-vous d’avoir au minimum 3 éléments de légitimité dans votre CV (toujours au sens large) pour appuyer ce projet.

Si ce n’est pas le cas, débrouillez-vous pour faire l’acquisition des éléments qui vous manquent. Faites appel aux éléments de légitimité à acquisition rapide si vous êtes pressés.

Exemple :

Tom rassemble tous les éléments importants de sa vie :

  • Un petit boulot de tractage de prospectus pendant 3 ans, tous les étés, pendant 2 mois.
  • Une rencontre marquante avec 2 entrepreneurs de sa ville il y 2 ans
  • Un intérêt pour le cinéma, essentiellement les thrillers
  • Un intérêt pour les nouvelles technologies, il se dit un peu geek sur les bords
  • La pratique de la course à pied; préparation d’un semi-marathon en ce moment
  • Création d’une soirée pour récolter des fonds pour les Restos du coeur
  • Lecture de la presse régulièrement; intérêt pour l’économie
  • Voyages en sac à dos de 4 mois en Pologne et Roumanie
  • Il aime la vitesse, il se dit très curieux, avoir de l’appétit, bon-vivant; parfois pas très sociable, assez indépendant finalement.

Au regard de tous ces éléments couchés sur le papier, Tom voit confirmé ses activités plutôt indépendantes, sa valorisation des projets et des gens qui en ont, son intérêt pour le monde qui l’entoure, un certain goût de l’aventure (par les voyages mais aussi par les projets), un sens de l’effort. Il se rend compte assez nettement que cela colle bien à un profil d’entrepreneur. Il n’avait pas mis ce mot sur cette réalité pourtant existante. Tout était déjà contenu dans ses expériences, son CV, sa vie. Il a juste mis tout en ordre et finalement mis un mot sur ces sédiments accumulés depuis des années.

Conclusion : 80 % des candidats qui pensent ne pas avoir de projet ont en fait un projet enfoui. L’interrogation en ces termes est juste nouvelle. Il faut se plonger dans sa vie et mettre toutes ses expériences en ordre pour faire émerger ce qui n’était pas visible.

Le projet inexistant

Vous avez beau tourner votre vie dans tous les sens, rien, rien de rien, vous ne voyez rien. Pas de projet en vue. Ou alors plein de projets, tout vous intéresse.

Alors, vous allez devoir forcer un peu le destin. Vous savez maintenant que le projet fait partie des exigences d’un jury. Il n’y viendra peut-être pas, mais la probabilité est forte. Et s’il n’y vient pas directement, il pourra tester votre projet par des questions plus indirectes. Ne pas avoir de projet, même sans aborder cette question en entretien, ça se porte physiquement sur les candidats. Il y a souvent une attitude du candidat sans projet. Donc, il faut forcer un peu la chose justement pour que cette question sur le projet, que vous détestez tant, ne soit pas un problème. Apportez-y une réponse, même factice, cela vous évitera d’achopper bêtement sur cette question et donc de ternir le reste de votre entretien qui pourrait être de grande qualité, mais que le jury verra moins, obsédé par un projet inexistant.

Forcer le destin signifie que vous allez vous arrêter sur un projet, pas forcément le plus évident (j’ai fait du droit donc je vais défendre un projet en droit) mais celui qui fait converger deux aspects :

  • Vous avez des éléments de légitimité sur ce projet ou vous pouvez en acquérir;
  • Vous avez envie de le défendre. C’est essentiel. Quand on n’a l’impression de ne pas avoir de projet, on trouve toujours artificiel d’avoir à défendre un projet. Donc, quitte à se la jouer Actor studio, autant que vous y mettiez du plaisir.

Exemple :

Lucie rassemble tous les éléments importants de sa vie :

  • Etudes de droit (licence)
  • Pratique de la danse classique depuis 15 ans
  • Intérêt pour la littérature contemporaine
  • Un stage dans le service marketing de La Poste
  • Un stage en étude notariale
  • Un travail d’été dans une banque, au guichet
  • Un mémoire qui a porté sur une le cas Hermès
  • Un engagement dans le BDE de sa formation
  • Un engagement personnel pour le féminisme
  • Un goût prononcé par le rap
  • Elle se voit plutôt sociable, adore paresser du temps avec des amis, pas spécialement rigoureuse mais plus créative; en même temps elle aime aussi passer du temps seule et ne se voit pas spécialement téméraire.

Au regard de ces éléments, Marielle est incapable d’arrêter un projet. Elle a aimé son stage en marketing, celui en droit aussi, mais sans avoir une conviction forte. Elle est titulaire d’une licence donc sait qu’à ce niveau, on attend un projet déjà élaboré, sans être fixé. Il y a des faisceaux d’indices qui légitimeraient plusieurs projets. Mais Marielle choisit le marketing. Elle aurait pu choisir le droit aussi. Elle sait qu’elle doit faire un choix et le marketing :

  • est légitimé par plusieurs éléments de sa vie : stage, mémoire, posture créative et de réflexion (le droit aussi était légitime : études, stage, engagement sur des sujets de société avec pendant juridique)
  • lui semble plus agréable à défendre. Elle a plus envie de travailler ce sujet-là pour l’entretien.

Si vous pensez ne pas avoir assez d’éléments de légitimité, faites-en l’acquisition (éléments de légitimité à acquisition rapide : rencontres, lectures…).

Conclusion : si vous n’avez pas de projet ou que vous avez tous les projets du monde en tête (ce qui revient à peu près à la même chose), alors forcez-vous la main, arrêtez-vous sur un projet, légitimez-le et arrêtez de vous poser des questions existentielles pour savoir si ce projet est vraiment celui de vote vie. A ce stade, ce n’est pas la question. Avoir un projet en entretien est juste une question de survie. Donc, cessez de vous poser des questions, vous jouez le jeu et entrez pleinement dans ce projet.

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